Sa carrière tient en trois chiffres : 3, 10, 42. Trois comme le nombre de licenciements subis par Dany Rousseaux depuis 1980. Dix comme le nombre d'entreprises qui, depuis, l'ont « promené » aux quatre coins de l'Ardenne belge et française. 42 comme l'âge auquel il a fini par passer un bac professionnel grâce à la VAE (validation des acquis de l'expérience). Intitulé : pilotage des systèmes de production automatisés. Six ans après, le beau diplôme ne lui a pas servi à grand-chose, n'était la fierté du pari réussi. Il en a aujourd'hui 48. Démotivé ? Non. Las ? Un peu. « Je ne me plains pas de ma vie. On retombe toujours sur ses pattes. Mais ça commence à faire long », dit-il. A force de « harceler les agences d'intérim », Dany a retrouvé un travail en juin dernier à la fonderie PSA des Ayvelles. « Je contrôle les pièces. Un boulot à la chaîne en fait ! » Pour combien de temps ? Mystère... A 19 ans, il rêvait pourtant de devenir ajusteur-mécanicien, BEP en poche. Il a fait tous les métiers ou presque. Jamais celui-là. Tour à tour tourneur-fraiseur, mouleur en fonderie, magasinier, verrier, manutentionnaire pour un fabricant de bouteilles d'eau minérale... On en passe. Dix métiers, autant d'illusions perdues. A l'exception de son premier travail, dans une petite société de mécanique de Bièvres (Belgique). Et aussi des onze années passées chez Jayot, à Gespunsart, où il habite. A la clé, pourtant, ses deux premiers licenciements économiques en 1983 et 1998. « Le plus dur, c'est de l'apprendre par un collègue alors que vous vous promenez en forêt avec votre femme et votre gamin ! » Le troisième licenciement interviendra en 2005 quand Glaverbel-Donchery délocalisera en Tchéquie. A chaque fois, Dany a rebondi, de formation en missions d'intérim. « Mon honneur, c'est de n'avoir jamais baissé les bras. Jamais deux jours sans bosser. Je ne peux pas rester sans rien faire », dit-il. On le croit volontiers à cette précision amoureuse qu'il met à raconter une carrière en dent de scie, ballottée de restructurations en dépôts de bilan. Et sans jamais vraiment savoir de quoi demain sera fait. « En 87, je gagnais pas lourd, 3.500 francs, mais on était heureux. On partait en vacances en Bretagne. Et entre nous, ce qui me motive le plus, ce n'est pas l'argent, c'est le travail ! » Source : L'Union, 27 janvier 2010
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