La présidente de Manpower décrypte la situation de l'emploi des jeunes et des seniors à l'occasion de la publication des statistiques du chômage de septembre. Fabrice Lundy: Vous êtes l'auteur de"Plaidoyer pour un emploi responsable". Le nombre de chômeurs continue de grimper en septembre : 28 300 demandeurs d'emplois supplémentaires toutes catégories confondues, c'est une hausse de 0,7 % . Et c'est toujours pareil, si on prend en compte ceux qui n'ont pas du tout travaillé, cela fait 0,2 %. Le taux de chômage qui n'arrive pas à baisser, est-ce qu'il faut s'y habituer ? Françoise Gri: Il va falloir, hélas, s'y habituer pendant quelques mois. On voit bien que les chiffres se stabilisent, même s'il y a une légère progression. Mais on va vivre encore quelques mois avec un taux de chômage relativement élevé, et probablement un début de décroissance dans la deuxième partie de l'année prochaine. Ce qui est intéressant au-delà du chiffre en valeur absolue, ce sont les tendances qu'il révèle, puisque les catégories bougent, que dans ce chiffre on voit la progression des seniors... Au profit des moins de 25 ans... Voila, mais le mois dernier c'était l'inverse, avec des moins de 25 ans qui progressaient de façon significative. Je dirais que l'on voit là toutes les tensions du marché du travail français, avec un certain nombre de tendances qui sont mises en évidence de façon encore plus aigües à la sortie de la crise, et qui nous amènent à devoir réfléchir sur les fondamentaux de la dynamique de notre marché du travail. Réfléchir sur les fondamentaux, essayer d'apaiser ces tensions sur le marché du travail, avec une donnée nouvelle nécessairement qui va arriver mercredi : le vote définitif du projet de loi sur les retraites, voté mercredi par le Sénat, avec l'allongement du départ à la retraite de 60 à 62 ans. C'est la fin de la retraite à 60 ans, sauf si le Conseil constitutionnel trouve des choses à y redire, puisqu'on sait que les députés socialistes vont le saisir. Alors on voit des jeunes dans la rue qui disent "on est très inquiets, si on prolonge de deux ans le départ à l'âge de la retraite, mathématiquement cela va nous faire deux ans de plus pour trouver du travail". Est-ce que vous les comprenez ces jeunes ? Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire ? Evidemment tout cela n'est pas mathématique... Et n'est pas économiquement prouvé par ailleurs. On sait bien que l'employabilité des jeunes et des seniors en France est un problème structurel du marché du travail, et que l'employabilité des seniors est très faible en France, et que ce n'est pas parce que l'on garde un senior que l'on ne va pas embaucher un junior, ou l'inverse. On sait bien que tout ça n'est pas strictement exact. Donc les jeunes se trompent quand ils prétendent cela ? Oui, mais ils ont effectivement une angoisse forte et on peut les comprendre. On peut imaginer que les deux ou trois ans à venir soient des années difficiles, et qu'il y ait quelques jeunes pendant cette période qui aient encore plus de difficultés à entrer sur le marché du travail qu'ils n'en avaient jusqu'à présent, donc il faut absolument que nous nous mobilisions. J'ai entendu un certain nombre d'appels à un débat sur l'emploi des jeunes et des seniors, et je pense qu'il faut absolument qu'on aille vers des solutions très pratiques pour faire des ponts et permettre à ces jeunes d'entrer dans le marché du travail. On a eu un certain nombre de bonnes idées, je pense que la mise en évidence de l'alternance, par exemple, a été à un moment donné un sujet important. Il faut continuer parce qu'on est là sur des sujets de fond de notre marché du travail, une adaptation difficile des compétences des jeunes, et il faut absolument qu'on les aide à entrer dans le marché du travail, il en va de la compétitivité de notre économie. Source : BFM Radio, 27/10/2010
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