Au lancement de leur partenariat, Adecco et le groupe ID'EES - l'un des principaux acteurs de l'insertion en France-, s'appuyaient sur une dizaine d'agences d'intérim dédiées à l'insertion des personnes en difficultés. En 2011, 61 antennes ont été créées, en grande partie dans l'ouest et le nord de la France, et constituent aujourd'hui le seul réseau du travail temporaire dédié à l'insertion. Cette année, 8000 personnes ont été réinsérées par l'emploi, correspondant à 2 500 équivalents temps plein. 60 % environ d'entre elles connaîtront ensuite « une sortie positive » vers un emploi durable ou une formation qualifiante. Car c'est là leur principale difficulté: une formation et des compétences professionnelles insuffisantes pour 50% d'entre elles, suivies par des difficultés financières et l'absence de logement. Des publics qui probablement seraient encore dans la précarité s'ils n'avaient pu bénéficier de cet accompagnement particulier. « L'intérim d'insertion inverse la logique habituelle de l'intérim classique, souligne Jean-François Connan, directeur de l'insertion et de l'innovation sociale chez Adecco. Dans l'intérim classique, il faut satisfaire les besoins du client via les intérimaires, tandis que dans l'insertion, c'est l'intérimaire qui est cœur du dispositif ». De fait, la démarche demande beaucoup plus d'implication de la part des professionnels du secteur et nécessite un accompagnement très personnalisé, comme l'explique Pierre Choux, le président du groupe ID'EES: « il faut redonner le goût du travail, limiter l'anxiété de personnes qui sont éloignées du monde de l'entreprise, régler aussi des problèmes de logement ou les difficultés sociales ». Ainsi, alors que dans l'intérim classique, un professionnel peut gérer 40 à 50 contrats, dans l'intérim d'insertion, il ne peut pas se consacrer à plus d'une douzaine de personnes. D'où l'importance des aides publiques de l'Etat pour soutenir financièrement ces parcours, qui coûteraient trop cher à une entreprise privée. « Un investissement rentable »
Pierre Choux n'hésite d'ailleurs pas à comparer le coût d'un jeune en difficulté dans un centre d'éducation spécialisé -150 000 euros par an-, à celui d'un équivalent temps plein dans l'insertion, de l'ordre de 45 000 euros...et qui répond, en outre, à une demande des entreprises. « Dans le secteur du BTP, qui représente aujourd'hui 50% du marché de l'emploi de l'insertion, 60 000 à 80 000 offres d'emplois restent insatisfaites, et de l'autre côté, beaucoup de personnes sont en situation de rupture avec le marché du travail. L'insertion permet de créer une passerelle entre les deux », indique Pierre Choux. Le président d'Adecco France, Alain Dehaze, met également en avant « un investissement très rentable » pour la collectivité. « Pour un euro investi, l'Etat en récupère 4 en charges sociales et en impôts, sans compter les dépenses sociales évitées grâce à l'insertion économique de ces publics », explique-t-il. En effet, si le réseau Adecco insertion a bénéficié d'une aide publique de 9, 4 millions d'euros, il a versé plus de 39 millions d'euros en charges sociales et en impôts. Et le groupe affiche un chiffre d'affaires de 65 millions d'euros, entièrement réinvestis dans l'activité. Autrement dit, aucun dividende n'est reversé aux actionnaires, le but étant de développer l'offre d'insertion sur le territoire, répondre à la demande des entreprises mais aussi des collectivités locales, qui depuis 2008 sont autorisées à recourir à l'intérim. Les acteurs de l'insertion veulent également élargir leurs services à d'autres secteurs, comme les métiers de l'environnement ou la restauration, et recruter davantage de femmes. L'objectif étant d'aider 12 000 personnes supplémentaires à trouver un emploi durable d'ici 5 ans.En cette période de crise et de rigueur budgétaire, le secteur a heureusement vu son budget pour 2012 reconduit par le ministère de l'emploi. Une situation quasi exceptionnelle aujourd'hui et qui prend tout son sens, compte-tenu du risque important d'exclusion sociale. Enfin, l'insertion par l'emploi devrait continuer à bénéficier des clauses d'insertion sociale dans les marchés publics, inscrites depuis 2006 dans la loi. Un levier au potentiel prometteur, car la commande publique des collectivités locales et de l'Etat représente au total un marché de près de soixante milliards d'euros par an. Pour les entreprises, c'est également un outil de mise en œuvre de leurs stratégies RSE, facilité par la professionnalisation des acteurs de l'insertion ces dernières années. Et les clauses sociales figurant dans les appels d'offres des marchés publics semblent plus légitimes à leurs yeux qu'une politique de quotas. Plus efficaces aussi, car à prestation égale, c'est sur la satisfaction des critères d'insertion qu'elles obtiendront in fine un contrat public. |