Après les pertes massives des années 2008 et 2009, l'intérim retrouve des couleurs. Les chiffres de mars 2010 confirment cette tendance, avec une progression mensuelle de 3,7 %, soit 20 600 emplois, selon les derniers chiffres de Pôle emploi. Les chiffres de l'Insee confirment cette tendance : au premier trimestre, la progression a atteint 33 200 postes. Au-delà de cette réalité, l'intérim ne devrait pas souffrir durablement de la crise qui l'a percuté de plein fouet, selon une étude réalisée par BVA (en mars 2010, auprès de 1 014 salariés intérimaires), présentée par Prisme (le syndicat professionnel de l'intérim) et l'Observatoire des métiers et de l'emploi (OME), mardi 18 mai. "Malgré la crise, le facteur intégrateur de l'intérim demeure", explique François Roux, le délégué général de Prisme.L'intérim a joué un rôle d'amortisseur, en France particulièrement où le taux de recours est élevé - il était de 2,3 % en 2008 sur l'ensemble de la population active contre 2 % en Allemagne, 0,7 % en Espagne ou 0,9 % en Italie, mais 4,1 % au Royaume-Uni. "Il a atteint un plus haut fin janvier 2008 à 734 000 emplois intérimaires, et est tombé à 582 400 en mars 2010", indique Bernard Ernst, directeur des statistiques de Pôle emploi. La chute entre mars 2008 et mars 2009, au plus fort de la crise, a été de 38 %.Contrats durables en baisse Puis la reprise a entraîné une progression de 22 % entre avril 2009 et mars 2010. " Plus qu'un indicateur avancé, l'intérim a épousé fidèlement la courbe de la crise", souligne M. Ernst. Les secteurs qui avaient le plus souffert, comme l'industrie et la construction, sont ceux qui progressent le plus : de 3,8 % et 3,7 % en mars. Et les ouvriers non qualifiés, dont les entreprises s'étaient séparées en premier, sont ceux qui profitent le plus du redémarrage, avec une évolution annuelle positive de 31,6 %, contre 17,7 % pour les cadres. Aujourd'hui, ce dynamisme permet de masquer le repli de l'emploi salarié : sans les intérimaires, il aurait été de plus de 40 000 postes au premier trimestre 2010. "On redémarre les premiers et les gens se ruent sur l'intérim en espérant que cela débouchera sur des contrats durables", dit M. Roux. La crise a peu modifié le profil des intérimaires. Parmi les salariés interrogés, on constate cependant une forte augmentation du nombre de sans-emploi, + 10 % par rapport à 2009, lors de leur inscription dans une agence d'intérim. Tandis que celui des étudiants a, lui, reculé de 8 points. Autre conséquence de la crise, si l'intérim est toujours vécu comme un débouché espéré vers un contrat durable, l'accès aux CDI a reculé de 10 points, de 2008 à 2010. "Un an après leur passage en intérim, les deux tiers des personnes interrogées ont un emploi, soit un score en baisse de 9 points", explique M. Roux, le taux le plus faible des dix dernières années. La durée des missions s'est aussi raccourcie, et les périodes d'attente, d'"intermissions", se sont allongées. Cette période de récession s'est aussi traduite par un recours massif à la formation. "Contrairement à des entreprises traditionnelles, qui peuvent mettre des salariés en formation en attendant des jours meilleurs, explique Cédric Leva, directeur de l'OME, l'intérim ne forme jamais à perte, et le fait dans les cas où il y a une mission à la clé." Demain ? Il est encore trop tôt, selon les professionnels du secteur, pour définir les tendances. Mais l'intérim a retrouvé sa place dynamique et devrait la conserver. Pour la présidente de Manpower, Françoise Gri, "le marché du travail devrait reprendre de façon plus flexible : cela pourra être de l'intérim, des CDD ou encore des CDI à temps partiel, qui reviennent moins cher à l'entreprise que l'intérim." Source : Le Monde.fr, Rémi Barroux19/05/2010 |