Le retour de l'emploi temporaire est officiellement annoncé. « Globalement, il y a un rebond clair, même si on ne peut pas parler encore véritablement de reprise », analyse Lionel Vuibert, secrétaire général de l'UIMM Ardennes (Union des industries et des métiers de la métallurgie, premier représentant du secteur privé du département). L'intérim, c'est en quelque sorte l'hirondelle de la conjoncture économique : elle est « un indicateur des prémisses d'une reprise d'activité », selon Philippe Lacoste, directeur territorial Ardennes de Pôle Emploi. Mais elle ne fait pas toujours le printemps... La prudence reste donc de rigueur. D'autant que le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A en France est reparti à la hausse, annonçait-on vendredi dernier. Les chiffres de l'intérim sont tous à la hausse dans la région Champagne-Ardenne. Après la Franche-Comté et l'Alsace, elle se situe au troisième rang des régions en terme de progression de l'emploi intérimaire. Le cumul des quatre premiers mois de l'année se chiffre à +26 % en nombre d'intérimaires par rapport à la même période en 2009. Au niveau national, le comparatif est à 8.3 %, selon Prisme (Professionnels de l'intérim, services et métiers de l'emploi), première organisation professionnelle du secteur. « Les agences constatent le rebond sur le terrain », confirme Nathalie Bach, responsable gestion opérationnelle chez Adecco à Reims. L'emploi intérimaire régional reste toutefois inférieur de 25 % au niveau de 2007. Ardennes en tête C'est le département des Ardennes qui dirige la tête du cortège. « À la fin du premier trimestre 2010, on serait à +30 % par rapport au 31 décembre 2008 dans les Ardennes », confie Philippe Lacoste. L'indicatif du service statistique régional de Pôle Emploi reste à consolider. Il correspond à l'ensemble du secteur privé, hors agricole. Au 31 décembre 2009, il était de +27.1 % (toujours par rapport au 31-12-2 008). Soit une augmentation de 1710 à 2173 équivalents temps plein en un an. Dans la Marne, la progression n'était en comparaison que de +6.1 %. Selon Lionel Vuibert, « la progression a lieu dans tous les secteurs de l'industrie, avec des difficultés cependant pour le poids lourd et les biens d'investissement (engins BTP, agricole, machines-outils). » Bémol sur la visibilité Un bémol toutefois dans la bouche du secrétaire général de l'UIMM Ardennes : « On sent que ce rebond est lié au restockage qui nécessite quelques heures de travail supplémentaires. » Aussi temporaire que les contrats signés, le rebond ? C'est la visibilité des entreprises qui décidera des embauches en CDD ou en CDI. « On a encore très peu recours aux CDD », confie Lionel Vuibert. « On a quasiment plus recours au chômage partiel, c'est un indicateur beaucoup plus favorable », poursuit le secrétaire général. Parcours : « Nous sommes de véritables larbins » « On ne fait que nous exploiter. » Synthèse tranchante, que Michael Pagnon retire d'un parcours professionnel alternant pointage dans des boîtes d'intérim, contrats temporaires en entreprise et période de chômage. À 36 ans, il a écumé les contrats les uns après les autres. Delphi, Visteon, PSA... Quatorze ans au service de l'industrie, sans s'être jamais vu proposé le moindre CDD. Esclavagisme institutionnalisé Sans doute serait-ce faire un mauvais procès à l'intérim que de le dépeindre comme parfaitement négatif. Son utilité est indéniable pour les entreprises qui doivent adapter leur charge de travail et pour les salariés en transition, en quête de missions temporaires ou de renouveau dans leur vie professionnelle... Mais pour le plus grand nombre en recherche de revenus réguliers et d'un parcours professionnel épanouissant, le recours à l'intérim demeure pervers. Pour le connaître de l'intérieur, Michael Pagnon le vit comme un véritable système d'esclavagisme institutionnalisé. Il n'emploie pas le mot, mais sa description est claire. « On vous embauche et on vous jette, puis on vous réembauche dans une même entreprise comme on veut », explique le Doncherois. En théorie, le code du travail empêche de réduire l'homme à un instrument de travail, d'en faire un simple outil qui serait sans volonté, sans aspiration, taillable, jetable et corvéable à merci. Dans la pratique, toutes les combines sont bonnes pour maximiser le rendement économique au détriment des hommes ! Car nombre d'entreprises, notamment dans l'industrie, font de l'intérim un recours généralisé dont elles s'arrangent pour tirer le meilleur profit et les moindres contraintes. « Les agences d'intérim vous gardent sous la main en cas de besoin. Les entreprises conservent des liens avec certains intérimaires pour ne pas avoir à reformer des gens ou pour être sûres de leur embauche, même temporaire », poursuit Michael Pagnon. Quatre semaines de travail en deux ans L'intérimaire cite Delphi en exemple. « J'ai déjà signé des contrats de remplacement d'arrêt maladie chez Delphi pour un poste de soudeur. On me mettait ailleurs qu'à la soudure car je ne suis pas soudeur. Ça leur permet d'avoir qui ils veulent quand ils veulent, sans être obligés d'attendre six mois pour reprendre un intérimaire après un an et demi de travail. Et d'éviter le temps et le risque à consacrer à un nouvel intérimaire qu'ils ne connaissent pas. » Voilà comment Michael Pagnon a travaillé onze ans chez Delphi, sans le moindre CDI ou CDD décroché ! Le beurre, l'argent du beurre et la main du travailleur pour l'entreprise. La précarité et la servilité pour l'intérimaire, à qui on n'aura jamais donné l'occasion d'évoluer et de se former dans l'entreprise... La crise économique n'a rien arrangé. « Ce n'est pas le moment d'être difficile », résume Michael Pagnon, qui n'a obtenu que quatre semaines de travail depuis deux ans. Sans diplôme, la possibilité de suivre une formation se dessine aujourd'hui pour le Doncherois. Car l'heure n'est pas encore à l'embauche. « Je vais toutes les semaines chez Adia à Sedan. Ils me disent qu'il n'y a vraiment rien. » À moins que le rebond national et régional n'arrive finalement. Une question d'urgence, pour ce père de trois enfants en fin de droits. Source : L'Union, Tanguy Pallaver, 01/06/2010 |