Comment réussir dans le travail temporaire quand on s'installe à la campagne, sans capitaux, sans diplôme, avec comme seul bagage une expérience de chaudronnier pour la maintenance industrielle ? « Il faut de la persévérance et un brin de folie », reconnaît Roland Gomez, président du groupe d'intérim Proman, qu'il a fondé à Manosque à une époque où les Alpes-de-Haute-Provence comptaient plus d'agriculteurs que de cadres. Vingt ans plus tard, son réseau compte 140 agences en France, réalise 420 millions d'euros de chiffre d'affaires et fournit du travail à 13.000 intérimaires et 450 permanents, dont 40 sont basés au siège social avec vue sur les lavandes. Sa croissance force le respect : il y a cinq ans, le groupe réalisait moins de 130 millions d'euros de chiffre d'affaires pour un résultat de 4,2 millions. Cette année, malgré la crise, son activité de recrutement a bondi de près de 30% et la rentabilité se maintient autour de 3 points, un record dans ce secteur gourmand de cash. « À ce rythme, calcule le fils du fondateur, Roland, 37 ans, co-président du groupe, nous devrions frôler le demi milliard d'euros symbolique pour nous faire entrer durablement dans la cours des leaders ». Le secret de sa réussite ? Une audacieuse combinaison de « valeurs terriennes ». « J'ai grandi au contact de principes que j'applique maintenant à mon entreprise, explique Roland Gomez père. Exigence envers soi et les autres, disponibilité et responsabilité ». Cette culture d'entreprise plaît : soudés autour des valeurs familiales (l'épouse et le deuxième fils du patron travaillent également dans l'entreprise), les effectifs enregistrent un turnover parmi les plus faibles de la profession, tandis que la moitié des intérimaires qualifiés se disent fidèles à leur agence. Les clients également apprécient : Proman en compte plus de 10.000 dans tous les secteurs où le grand Sud est historiquement prédominant, autour de métiers et de savoir-faire rares, comme les chaudronniers, soudeurs et autres calorifugeurs. A coups de rachats, l'entreprise a renforcé au fil du temps ce positionnement mixte offrant des expertises localisées en plus d'une généraliste. Dernière en date, le rachat en cours d'une agence spécialisée dans les travaux acrobatiques, qui génère un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros. Avant cela, elle avait repris plusieurs réseaux comme Maîtrise Intérim à Montpellier (17 millions d'euros de chiffre d'affaires et 600 intérimaires), SOS Expériences dans le Sud-Ouest (15 millions) ou Rhône-Alpes Travail Temporaire (13 millions), toutes confiées à des managers disposant d'une totale autonomie pour apprécier leur positionnement local, « un gage de fidélité et de réactivité supplémentaire », selon Roland Gomez, qui prévoit de poursuivre son rythme d'ouverture d'une agence chaque mois. Pour financer sa croissance et organiser sa succession, Proman a cédé 11% de son capital en 2007 à l'occasion d'une opération de LBO conclue avec Crédit Agricole Private Equity. « La confiance de notre partenaire et l'état de notre trésorerie rend ent possible l'acquisition d'un réseau de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires ou d'agences complémentaires à notre propre maillage géographique », détaille le patron de Proman. Parmi ses cibles, les régions encore mal couvertes, comme la Picardie, Champagne-Ardenne et Paris, où le groupe ne compte que six agences. Il regarde également à l'extérieur des frontières, vers la Suisse, la Belgique, l'Espagne, l'Italie et le Canada.
Source : Paul Molga, Les Echos, 24/09/2010 |