François Beharel est président de Randstad France, troisième groupe de travail temporaire en France avec un chiffre d'affaires de 3 milliards d'euros en 2010. Il commente son palmarès des entreprises où les Français rêvent de travailler, et analyse la reprise du marché.  Challenges. Vous avez publié le 30 mars un baromètre des entreprises où les Français ont envie de travailler. EDF était premier l'an dernier. Qui est vainqueur cette année ? François Beharel.C'est Eurocopter, qui avait déjà brillé l'an dernier dans sa catégorie, mais qui, toutes catégories confondues, ressort en grand vainqueur des entreprises qui font rêver.
Quels sont les enseignements et l'esprit de ce classement ? C'est une enquête réalisée auprès de 10 000 personnes - sur un échantillon représentatif de la population française âgées de 18 à 65 ans, actives ou qui pourraient l'être. L'idée, c'est de renseigner les entreprises sur l'attractivité qu'elles peuvent avoir après la crise. La première des leçons est que l'attractivité globale des entreprises a baissé, passant de 32 à 29 % d'avis positifs. Cela vient de la crise et d'une forme de défiance par rapport aux entreprises. Deuxième enseignement, la recherche de sécurité de l'emploi est au coeur des préoccupations des gens interrogés. Enfin, cette recherche de sécurité n'est pas le premier critère. La priorité, c'est l'ambiance de travail. Ensuite vient la recherche de sécurité. Curieusement, le salaire n'arrive qu'en troisième position, suivi de l'intérêt du job.
L'intérim redémarre après une année 2009 catastrophique. Qu'en est-il à Randstad ? Le marché a chuté de 30 % en 2009. L'an dernier, il s'est accru de 15 %. En 2011, sur le premier trimestre, le marché global redémarre de 20 %. Nous sommes bien positionnés, plutôt en prise de part de marché.
Quand pensez-vous retrouver le pic de début 2008, quand l'intérim était à son plus haut niveau ? Il nous faudra plusieurs années. En 2009, en une seule année, on a perdu dix ans d'activité en volume. On va le retrouver dans trois à quatre ans, mais nous avons d'autres leviers de croissance sur lesquels nous appuyer.
Depuis 2005, les sociétés d'intérim ont le droit de concurrencer les cabinets de recrutement en cherchant des CDI pour les salariés. Comment se porte cette activité ? Pendant la crise, elle a été encore plus fortement touchée que le travail temporaire. On a eu des creux de - 50 % et, maintenant, ça repart, sur des projets à long terme : bureau d'étude, informatique, marketing. En revanche, le cycle de décision est beaucoup plus long. On voit bien qu'il y a une relance et une forme de fébrilité, d'attentisme dans un contexte de sortie de crise, qui n'est pas encore tout à fait digérée.
Pensez-vous que cette activité de recrutement pourra compenser l'érosion de l'intérim et de ses marges ? Le travail temporaire, qui a été réaffirmé plus que jamais comme une des dernières sources de flexibilité en France, retrouvera son activité d'avant-crise. Mais le recrutement est un élément essentiel de notre développement, car, en France, seuls 20 % des recrutements sont externalisés, contre 80 % dans les pays anglo-saxons. Par l'arrivée de notre profession, entre autres, cette part grandira. Et les marges du recrutement sont plus importantes que celle de l'intérim.
Randstad s'occupe depuis deux ans de chômeurs confiés par Pôle emploi. Etes-vous déçu que son directeur ait dû revoir à la baisse ce contrat, comme ceux des autres sociétés privées ? Cela représente 0,25 % de notre chiffre d'affaires. Est-ce que c'est intéressant, est-on ravi de le faire ? Oui. Est-ce que ça va changer la destinée de notre structure ? Non.
Seriez-vous prêt à répondre à un nouvel appel d'offres de Pôle emploi ? Oui, mais pas forcément sur les mêmes métiers ni aux mêmes prix.
Source : Challenges, 31/03/2011 |