Si ce n'est pas encore une franche bonne nouvelle, c'est en tout cas un bon signe. La France a certes continué à détruire des postes de travail au début de 2010, pour le huitième trimestre d'affilée, mais le ralentissement de la dégradation de l'emploi salarié constaté à la fin de 2009 s'est poursuivi, selon l'« estimation flash » provisoire publiée hier par l'Insee. L'institut évalue à 15.839.500 le nombre d'emplois salariés au premier trimestre de cette année, soit une baisse de 0,1 % par rapport au trimestre précédent, ce qui correspond à la disparition de 9.700 postes. Sur un an, la baisse de l'emploi salarié a été de 1,3 %, soit quelque 210.000 suppressions de postes. La situation est sans comparaison avec le premier trimestre de 2009, où quelque 158.300 emplois avaient été détruits. La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a salué ce « ralentissement [...], qui constitue un nouvel indicateur de stabilisation du marché du travail ». L'édifice reste fragile L'espoir d'un prochain atterrissage est alimenté par d'autres indicateurs. Hier, l'Association pour l'emploi des cadres (Apec) a annoncé la confirmation, « même si elle est timide », de l'amélioration du marché des offres d'emplois cadres. Elle en a recensé un peu plus de 250.000 en avril, soit 54 % de plus qu'un an avant. En outre, l'intérim continue de progresser. L'Insee évalue à plus de 33.000 le nombre d'emplois salariés supplémentaires ainsi créés au premier trimestre, troisième trimestre d'affilée de hausse. Cette tendance se poursuit, selon les chiffres publiés lundi par Pôle emploi, qui évalue à 3,7 % la progression de l'emploi intérimaire en mars. Certes, l'intérim constitue un indicateur avancé de l'emploi, mais il s'ajuste très vite à toute mauvaise nouvelle conjoncturelle. Un autre facteur incite bien sûr à la prudence : la reprise de la croissance du PIB entamée dès le printemps de l'an dernier, qui allait s'amplifiant fin 2009, a connu un coup d'arrêt au premier trimestre, l'activité n'ayant progressé que de 0,1 %. Or l'emploi réagit d'ordinaire avec un trimestre de retard à l'évolution de la croissance.Mais l'édifice reste fragile. Plusieurs raisons freinent tout optimisme au-delà même du fait que les données sur l'emploi salarié publiées par l'Insee hier, réalisées à partir de l'échantillon d'entreprises de plus de 10 salariés de l'enquête Acemo du ministère du Travail, sont susceptibles d'être révisées le 10 juin. Le premier facteur est le fait que ce soit l'intérim seul qui ait freiné la chute de l'emploi salarié. C'est à lui que le tertiaire doit en effet la totalité - et même un peu plus -de la progression de ses effectifs de 30.000 postes, soit + 0,3 % sur un trimestre. Sans lui, il aurait accusé une petite baisse de 3.000 postes. S'ajoute à cela le fait que la contraction de l'emploi s'est poursuivie dans la construction, qui a perdu 10.700 postes, soit une baisse de 0,7 % sur trois mois et de 3,4 % sur un an. Quant à l'industrie, elle a encore vu ses effectifs se réduire de 29.100, soit - 0,9 % sur un mois et - 4,6 % sur un an. Source : Leïla de Comarmond, Les Echos, 19/05/2010
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