Expectra, société du groupe Randstad, est le premier réseau de recrutement hautes compétences en France. Son directeur général, Didier Gaillard, analyse l’évolution du recrutement au cours des dernières années et livre ses prévisions concernant le marché de l’emploi.
Expectra a publié en 2010 un guide des métiers en tension. Les métiers les plus recherchés en 2010 sont-ils les mêmes aujourd'hui, où y en a-t-il de nouveaux ?
Les métiers que nous avons identifiés comme étant en tension en 2010 sont toujours très recherchés. Cela va de l’ingénieur sécurité au responsable marketing web et mobile, en passant par l’ingénieur R&D, le contrôleur de gestion industriel ou le crédit manager. Les effets de la reprise ont même renforcé cette tendance. En ce début d’année 2011, on assiste même à un renforcement de certaines tendances, par exemple pour les filières de l’énergie et du développement durable.
Ce qui est nouveau pour ce premier trimestre, c’est une forte demande pour tout ce qui touche à la responsabilité sociale de l’entreprise d’une part, et d’autre part, au respect de l’environnement dans les secteurs plus industriels.
La Recherche et Développement fait aussi l’objet d’une très forte demande, avec 30 000 embauches prévues.
Enfin, ce qui est nouveau par rapport à 2010, c’est la reprise dans le secteur de la construction et du bâtiment. On estime que cette relance devrait se traduire par 6 % d’embauches supplémentaires. Là, on sent que les choses s’enclenchent.
Depuis 2009, la législation sur le cumul emploi/retraite a été assouplie. Constatez-vous depuis une hausse du recours de l'intérim aux retraités ?
Pas vraiment aujourd’hui. Et j’identifie deux raisons à cela. D’une part, ce n’est pas un dispositif sur lequel il y a eu beaucoup de communication de la part de l’Etat. D’autre part, ce dispositif a été voté en 2009 et les effets de la crise nous ont concentrés sur l’emploi des jeunes, probablement au détriment de cette population.
Expectra met en avant sa volonté de résoudre au mieux l'adéquation entre l'attente du recruteur et les aspirations du candidat. Observez-vous au fil des ans une évolution de ces deux paramètres ?
On observe que le candidat conserve un vrai niveau d’exigence dans sa recherche. L’urgence ne prime pas sur la qualité. La recherche de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est un indicateur qui gagne du terrain. Pour un premier job, les critères d’ambiance au travail sont des éléments importants. On constate également une vraie notion d’attirance pour le service ou le produit commercialisés par l’entreprise. Tous ces éléments, en tout cas pour un premier job, vont primer sur les critères d’évolution professionnelle. Même si le salaire reste un élément déterminant, il n’est plus, de fait, le seul élément pris en compte par le candidat.
Côté entreprise, on observe que les processus de recrutement demeurent très longs. Tout le panel des outils disponibles est mis en œuvre par les DRH pour sécuriser au maximum le recrutement. Au-delà des compétences proprement dites, le recruteur est attentif à l’écoute des candidats. La motivation que le candidat va apporter au poste convoité reste un critère déterminant.
Quel impact a sur une entreprise comme Expectra le recours de plus en plus important des entreprises aux réseaux sociaux pour leur recrutement ?
Le développement des réseaux sociaux impacte quotidiennement notre capacité à sourcer des profils différents pour nos clients. Aujourd’hui, ce sont des outils que les professionnels des RH ne peuvent ignorer et ils doivent avoir une politique forte vis à vis des réseaux sociaux.
Du côté de nos clients, maintenant, on ne constate pas encore un réel impact mais nous devons rester vigilants. Alors que seuls 16 % des DRH sont engagés dans une vraie politique pérenne concernant les réseaux sociaux, il existe en la matière une très grande marge de progression. Ce qui est sûr, c’est que l’impact des réseaux sociaux sur le recrutement ira bien au-delà d’un simple outil de sourcing supplémentaire.
Comment voyez-vous évoluer le marché de l'emploi en France dans les mois à venir ?
Les tendances observées ces derniers mois ont l’air de se confirmer. Pour ce premier trimestre 2011, les portefeuilles de commande restent très bons et cela devrait se poursuivre dans les mois à venir. Pour les deux premières semaines d’avril, nous enregistrons un taux de croissance indicatif compris entre 17 et 20 % selon les filières.
On assiste à un bon début 2011 pour nos métiers de l’intérim et du recrutement. Les secteurs qui poussent actuellement le plus vite et le plus fort sont l’informatique et les télécoms. On attend plus de 30 % de croissance. Et, comme je l’ai déjà dit, on s’attend à plus de 30 000 recrutements dans la Recherche et le Développement.
Propos recueillis par Jean-Charles Stasi, avril 2011
Expectra en chiffres
217 M€ de chiffre d’affaire en 2010
30 bureaux dans 21 villes
400 collaborateurs permanents
6 000 entreprises clientes
16 000 experts placés chaque année
3 000 recrutements en CDD et CDI |